Samedi 23 Juin 2007
Amour, Prozac et autres curiosités de Lucia Etxebarria
Par La libellule bleue, Samedi 23 Juin 2007 à 16:35 GMT+2 dans L'aile des lectures licencieuses

"Tu vivras de nombreuses passions, disait ma carte astrale, me plaçant sous l'ascendant d'amours intenses et fugaces. Un rosaire de noms reliés par des baisers, certains sobres, d'autres plus tendres. Ils sont plus ou moins grands, châtains ou bruns, il y en a de toutes sortes. Un trait commun les définit tous, la virilité qui s'agite avec inquiétude entre leurs jambes."
"Nous ne sommes pas dans nos meilleurs jours, mais nous sortirons de l'ornière. Nous avons connu pire. Et si ce qui ne tue pas nous rend plus fort, alors nous sommes solides comme un culbuto, et nous ouvrirons un chemin sur nos cicatrices."
Sexe, drogue, petites contrariétés du quotidien n'ont jamais fait bon ménage. Pourtant quelquepart, les uns ne peuvent subsister sans l'autre. Etrange paradoxe ou simple réalisme ? Est-il possible de tout supporter à la fois comme preuve que quand tout va mal on en redemande encore ?
Cristina et ses soeurs Ana et Rosa nous le prouvent avec merveille. Elles sont trois soeurs issues d'une bonne famille, toutes unies et désunies comme des électrons libres se bousculant sans cesse au rythme frénétique de la vie madrilène.
Cristina est serveuse dans un bar, accro à l'extasy et surtout au sexe. Ana se cache derrière une petite vie lisse et sans contrainte pour mieux savourer le doux parfum des antidépresseurs et autres capsules miracles. Enfin Rosa s'est construit une prison de chiffres derrière laquelle elle se cloisonne en vain gobant ses cachets de Prozac comme des bonbons et feignant de ne pas voir le monde autour d'elle et sa dure réalité.
Lucia Etxebarria parle cru avec la puissance d'un hachoir et tranche avec finesse tous nos tabous et nos clichés. On se surprend alors à se révolter, s'insurger, s'indigner, s'émouvoir, et haïr avec ferveur ses personnages aussi destructeurs. Puis prenant le temps de réfléchir et surtout captivé par le discours franc de Lucia Etxebarria on apprend à apprécier chacune de nos héroïnes et à identifier en chacune d'elles une part de nous, profondément cachée, mais aussi profondément ancrée, dont on n'ose malheureusement pas parler. Parce qu'on est tous un peu Cristinita ou Rosa ou Ana ... Parce qu'elles nous parlent de nous, de nos peurs et de nos espoirs avec honnêteté et tendresse. Parce qu'en chacune d'elles sommeillent soit une tigresse, soit une mère, soit une femme d'affaires, soit une dépressive ...
Ce roman dans la lignée des scénarii de Almodovar, est un vrai délice, riche en idées en tout genre (...!) et surtout en réflexions autosuicidaires que seuls les Grands savent écrire.
A lire impérativement et sans respirer.
Kartapus.





