La libellule bleue

« LES OUBLIES » de Christian Gailly

 

 

« Tôt ou tard. Ça nous arrivera. On nous oubliera. En attendant leur tour, les deux journalistes de cette histoire, Schooner et Brighton, se donnent pour tâche de ramener à la lumière certains artistes oubliés. Ils appellent ça des missions. On part en mission, disent-ils. La dernière va leur coûter cher. L'un y trouvera la mort. L'autre, ce sera l'amour. »

                                             4ème de couverture des Editions de Minuit

 

            Voilà tout est dit. Enfin presque. Mais comme trop parler revient à tout révéler parfois il vaut pieux se taire. Et laisser l'auteur vous transcender avec son écriture tranchante et courte, taillée dans les sentiments du cœur. Des phrases en langage « morse » sorties tout droit de l'esprit du narrateur aussi indécises et mal organisées que la pensée elle-même. Elles tombent incisives et bouleversent nos petits cœurs malmenés par les tourments de la mort et de l'amour. Alors n'oubliez surtout pas : vous n'en décrocherez pas, parce que cette histoire c'est aussi un peu la nôtre, celle de tout être humain qui s'interroge sur l'après. Car si l'on oublie les morts on ne peut jamais oublier leur amour. Quoi que ... il ne faut jamais dire jamais ...

 

            A lire vite, vite ...

 

            Kartapus

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« Les secrets d'une femme au foyer (pas) désespérée » de Jenny Eclair

 

 

           Guy, la quarantaine, chef de pub, et surtout malheureusement marié à Alice, femme au foyer très décontractée et sérieusement flemmarde (d'un point de vu « sexe »), décide de partir en vacances avec sa « bienheureuse » famille. Ah l'Italie, le soleil, la plage, ses petits villages qui fleurent bon l'ailleurs !!! Pour Guy c'est leur dernière échappée. Depuis qu'il a rencontré la sulfureuse Peanut, aussi pimentée que son prénom, il a pris la ferme décision de divorcer. Seulement la maternité commence à manquer à Alice et ces vacances pourraient bien être sa chance !!!

 

            Et puis d'un autre côté, il y a Joe, photographe démodé, qui vit entre deux foyers : Hils dont il est divorcé et ses deux enfants et puis Nina, la jeune et belle, et leur petite fille Freya, petite cerise sur le gâteau ô combien rapiécé de la famille Dobson.

 

            Un étrange mélange me direz-vous !!! Et bien, si l'on oublie les quelques longs chapitres du début, on se laisse pourtant vite embarqué dans la course frénétique de Jenny Eclair (qui porte bien son nom !!!) et on prend goût aux péripéties et mesquines intrusions dans la vie de ces héros si ordinaires. Comme les Anglais savent si bien le faire, Jenny pivote d'un personnage à l'autre comme on passe du coq à l'âne tout en tissant petit à petit un lien entre chaque caractère. Un vrai casse-tête que l'on démêle avec plaisir et qui n'est pas sans rappeler le film « Love actually ».

 

            A lire en prenant le temps.

 

            Kartapus.

 

NB : La fin aussi brutale soit-elle, peut paraître incohérente par rapport au reste du livre mais ne vous méprenez pas, Jenny sait très bien y faire question pirouette littéraire !!!

 

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"Le Livre du Voyage" de Bernard Werber

 

 

Ah, enfin tu me prends dans tes mains ! Ah, enfin tu lis ma quatrième de couverture ! Tu ne peux pas savoir comme j'attendais cet instant. J'avais si peur que tu passes sans me voir. J'avais si peur que tu rates cette expérience que nous ne pouvons vivre qu'ensemble. Toi, lecteur, humain, vivant. Et moi le livre, objet, inerte, mais qui peux te faire décoller pour le grand, le plus simple, le plus extraordinaire des voyages.

 

Le livre du voyage, plus qu'un guide, est un véritable accompagnateur d'un voyage unique et personnel : notre voyage, celui de notre esprit, de notre vie.

Il nous emmène dans une quête merveilleuse dans des contrées inexplorées et nous fait revisiter les quatre éléments comme un conte magique où nous seuls sommes les héros : l'air, la terre, le feu et l'eau n'ont plus alors de secret pour nous ...

Plus loin encore il nous transporte dans le temps, jusqu'à la naissance même de la vie pour qu'une fois le livre refermé nous comprenions d'où nous venons.

Avec la même écriture fluide et simple, Bernard Werber pousse notre esprit dans un monde doux et chaleureux où l'on aimerait rester longtemps, très longtemps.

A lire dans le calme le plus absolu.

Kartapus.

 

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"Corpus Christine" de Max Monnehay

 

Collez moi le canon d'un magnum sur la tempe je tremblerai moins. Enfermez-moi dans la chambre froide d'une morgue et laissez-moi vous dire que c'est du gâteau. Ce que je vis devait peser dans les cent vingt kilos et transpirait à grosses gouttes une eau malodorante. [...] Ce que je vis était énorme. C'était ma femme ...

 

Avez-vous déjà vécu l'horreur sous sa forme la plus cruelle et la plus aimante ? Une forme de vie proche de l'animal, laid et puant, pitoyable et faible. Vous êtes-vous déjà glissé dans la peau d'une homme séquestré par sa femme ?

Imaginez-vous une seule minute dans sa peau : prenez le temps de respirer son air envenimé par ses propres déjections, de supporter votre propre mauvaise hygiène, prenez le temps de pleurer et de haïr la seule personne pour laquelle vous seriez prêt à tout donner, celle que vous aimez plus que tout. Laissez la faim vous tirailler les entrailles comme le couteau qui transperce lentement la chair. Que feriez-vous ?

Probablement lâche, vous abandonneriez la partie. Même par amour. Même par instinct de survie. Parce qu'il n'est pas pire échec que de se voir petit, si petit que votre propre existence vous semble microscopique, insencée même.

Un entrelac inutile de secondes enchaînées les unes aux autres où tout n'est que haine et amour, le déchirement de votre vie et de votre esprit.

Enfermé dans son propre appartement, plongez dans la vie de cet amoureux transis, lisez son journal intime comme on regarde un film noir et violent. Violent de tendresse et d'horreur.

Max Monnehay signe ici un premier roman unique, hors norme. Un roman qui vous déchire les tripes et vous remue le coeur. Elle joue avec vos sens comme on prépare le fugu : précision, tranchant et domination sont ses maîtres mots. Un seul faux pas de sa part et vous plongez avec elle. Et elle le sait.

Alors installez-vous confortablement, accrochez-vous fermement à votre vie et laissez-vous emportez par cette histoire. Mais prenez garde de ne pas rester coincer dans les marais de Max Monnehay.

A ne pas laisser entre toutes les mains ...

Kartapus.  

 

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« Insecte » de Claire Castillon

 

 

            Elle dit Ecoute-moi, même si c'est difficile à accepter, je vais mourir et c'est presque fait. Je ris, jaune, comme mon père qui a souvent les larmes aux yeux ces temps derniers, comme mon frère qui baisse le nez et n'en finit pas de muer, sa voix part haut, puis bas, paradis ou enfer, il choisit, ne sait pas, il a sûrement peur depuis longtemps, comme moi.

 

            Ou peur comme le lecteur qui de récit en récit ne sait plus s'il doit hurler ou pleurer. Claire Castillon dessine avec violence et tendresse les rapports mère - fille qui nous trahissent tous, tout au long de notre vie. Elle joue sur les contradictions, les chutes vertigineuses pour mieux assaillir le lecteur de sentiments incontrôlables. Il étouffe, vomis, crache sa colère. Il s'indigne, rie, évacue la peur au plus profond de son être.

 

            Chaque personnage de Claire Castillon est indomptable et lorsque le lecteur croit pouvoir démanteler sa cruelle machine il retombe bien vite bas. Parce qu'il est impossible de deviner d'avance où l'auteure va nous mener. Chaque court texte est inédit, unique et nous plonge dans un univers sarcastique et machiavélique. Dire que nous en prenons plein la G..... n'est pas si vulgaire tant l'écriture parfois furtive de Claire Castillon nous traîne dans l'horreur la plus animale. Elle vous écrase d'un coup sec comme le pied se posant « maladroitement » et « malencontreusement » sur l'insecte craquant. Une fraction de désespoir comme d'espoir et tout est fini.

 

            Ames sensibles s'abstenir.

            Kartapus. 

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